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Polymédication et déprescription chez la personne âgée

Médecine InterneMis à jour le

Aperçu

Points clés

  • La polymédication est souvent définie par au moins cinq médicaments réguliers ; le nombre ne suffit pas à juger la pertinence.

  • La déprescription est une réduction ou un arrêt supervisé lorsqu’un traitement n’apporte plus un bénéfice suffisant au regard de ses risques et des objectifs de la personne.

  • Rechercher simultanément les traitements inappropriés et les traitements utiles omis : STOPP et START sont complémentaires.

  • Une seule modification prioritaire à la fois facilite généralement l’évaluation ; une toxicité grave exige toutefois une action immédiate adaptée.

CIM

Z79.8 — autres médicaments à long terme ; coder aussi les maladies et effets indésirables documentés

Définition

Critères et périmètre

  • La polymédication correspond à l’usage simultané de plusieurs médicaments ; elle devient problématique lorsqu’un traitement est sans indication, disproportionné, redondant, dangereux ou incompatible avec les objectifs de soins.

  • La déprescription est un processus clinique planifié et supervisé de diminution ou d’arrêt d’un médicament dont le risque ou la charge dépasse le bénéfice attendu.

  • Elle repose sur une décision partagée et ne se résume pas à réduire le nombre de lignes d’ordonnance.

Clinique

Quand organiser une revue de l’ordonnance ?

  • Après hospitalisation, chute, malaise, confusion, hypoglycémie, saignement, insuffisance rénale ou baisse d’autonomie.
  • Lors d’un changement de projet de soins, d’une fragilité importante ou d’une diminution de l’espérance de vie.
  • Devant prises multiples, difficultés d’observance, ordonnances discordantes, prescripteurs nombreux ou renouvellements sans indication retrouvée.
  • Prévoir également une révision périodique planifiée, en lien avec le pharmacien et les autres prescripteurs.

Conciliation et évaluation clinique

  • Demander au patient d’apporter tous les médicaments réellement pris : ordonnances, produits en vente libre, collyres, inhalateurs, plantes et compléments.
  • Pour chaque produit, documenter DCI, spécialité, dose, horaire, prise réelle, indication, durée, prescripteur et bénéfice ressenti.
  • Évaluer fonction rénale, poids, état nutritionnel, pression assise/debout, cognition, déglutition et capacité à gérer les prises.
  • Rechercher doublons, interactions, charge anticholinergique, sédation, cumul hémorragique et cascade de prescriptions destinée à traiter un effet indésirable.
  • Vérifier si une forme galénique peut être fractionnée ou écrasée ; ne pas modifier empiriquement une forme à libération prolongée ou gastro-résistante.

Questions à poser pour chaque médicament

QuestionDécision possible
L’indication est-elle toujours présente ?Retrouver le compte rendu ou contacter le prescripteur ; arrêter un traitement devenu sans objet si cela est approprié.
Le bénéfice attendu correspond-il aux priorités et au temps nécessaire pour en bénéficier ?Discuter la prévention à long terme selon le contexte, sans arrêter un traitement utile sur le seul critère d’âge.
La dose et la durée sont-elles adaptées ?Réduire une dose excessive, ajuster au rein/foie et supprimer les doublons.
Existe-t-il un effet indésirable ou une alternative mieux tolérée ?Réévaluer avant d’ajouter un nouveau médicament correcteur.
Un traitement à bénéfice établi manque-t-il ?Appliquer aussi START et vérifier les omissions pertinentes ; l’objectif n’est pas un quota de comprimés.

Examens complémentaires

Bilan de première intention

  • Vérifier les indications, les objectifs thérapeutiques, les prises réelles, les automédications, les interactions et l’adaptation aux fonctions rénale et hépatique.
  • Demander les examens utiles au suivi des maladies et des médicaments ; éviter un bilan uniforme sans point d’appel.
  • Rechercher hypotension orthostatique, troubles cognitifs, chutes, saignement, hypoglycémie, hyponatrémie et autres effets indésirables selon l’ordonnance.

Traitement

Tableau pratique par classe

Classe / exemples de DCI et marquesQuand réévaluer ?Modalités et surveillance
Benzodiazépines et apparentés : oxazépam/Séresta, alprazolam/Xanax, zopiclone/ImovaneUsage prolongé, chute, confusion, somnolence ou association avec opioïde.Réduction progressive individualisée, parfois sur plusieurs mois ; surveiller anxiété, sommeil et signes de sevrage ; ne pas arrêter brutalement une prise chronique.
IPP : oméprazole/Mopral, pantoprazole/InipompIndication initiale résolue ou non retrouvée après vérification.Réduction de dose ou arrêt selon situation ; prévoir secours et suivi du rebond acide. Maintenir si indication forte, notamment œsophagite sévère ou gastroprotection encore justifiée.
Anticholinergiques : hydroxyzine/Atarax, oxybutynine/Ditropan, amitriptyline/LaroxylConfusion, rétention urinaire, constipation, sécheresse ou chutes.Réévaluer le bénéfice ; adapter ou réduire selon la molécule et l’indication ; ne pas substituer automatiquement un autre sédatif.
Insuline et sulfamides : gliclazide/Diamicron, glimépiride/AmarelHypoglycémie, repas irréguliers, amaigrissement, fragilité ou fonction rénale dégradée.Individualiser l’objectif glycémique et simplifier si possible ; surveiller les glycémies lors des ajustements ; ne pas interrompre une insuline indispensable.
Antihypertenseurs et diurétiquesHypotension, orthostatisme, déshydratation ou troubles ioniques.Identifier les indications cardiaques/rénales propres ; modifier progressivement avec surveillance tensionnelle, poids, symptômes, créatinine et ions si pertinent.
AINS : ibuprofène/Advil, kétoprofène/ProfenidDouleur sans bénéfice persistant, risque digestif, rénal ou cardiaque, association à anticoagulant.Réévaluer rapidement et privilégier une stratégie antalgique adaptée ; un IPP ne prévient pas la toxicité rénale ou cardiovasculaire.
Anticoagulants / antiagrégantsSaignement, association prolongée non réévaluée, dose inadéquate au rein ou au poids.Confirmer indication et durée avec le prescripteur ; une chute isolée ne suffit pas à justifier l’arrêt d’un anticoagulant indiqué.

Mettre en œuvre un plan partagé

  • Choisir avec le patient et ses aidants, s’il le souhaite, le traitement prioritaire et expliquer le bénéfice attendu de la modification.
  • Rédiger le calendrier précis, les symptômes à surveiller, les critères de reprise et la date du prochain contact.
  • Transmettre une ordonnance unique actualisée au pharmacien et aux soignants ; vérifier pilulier et stock à domicile.
  • Ne pas appliquer un même schéma d’arrêt aux benzodiazépines, antidépresseurs, corticoïdes, bêtabloquants, antiépileptiques, opioïdes ou traitements antiparkinsoniens.
  • Ne pas interrompre un traitement spécialisé critique sans coordination, hors prise en charge d’un effet indésirable urgent.

Suivi

Suivi et situations urgentes

  • Revoir sous une à quatre semaines selon le médicament, plus tôt pour risque d’hypoglycémie, décompensation ou sevrage ; poursuivre le suivi après chaque palier.
  • Distinguer récidive de la maladie, rebond et syndrome de sevrage ; ralentir, suspendre la décroissance ou reprendre une dose utile si nécessaire.
  • Confusion aiguë, dépression respiratoire, convulsion, hémorragie, hypoglycémie sévère ou décompensation cardiaque : prise en charge urgente.
  • Documenter bénéfice et tolérance de la déprescription, y compris lorsque la décision est de maintenir un médicament.

Abréviations

Repères

  • DFG : débit de filtration glomérulaire
  • IPP : inhibiteur de la pompe à protons
  • STOPP/START : Screening Tool of Older Persons’ Prescriptions / Screening Tool to Alert to Right Treatment.

Sources et références

Les liens externes s’ouvrent dans un nouvel onglet.