GuidesAccès libre · sans compte

Exacerbation aiguë de BPCO

PneumologieMis à jour le

Aperçu

Points clés

  • Évaluer la gravité dès le premier contact :

    • Conscience,

    • Parole,

    • Travail respiratoire,

    • Fréquence respiratoire, SpO₂ et stabilité circulatoire.

  • Une dyspnée aiguë chez un patient BPCO n’est pas toujours une exacerbation :

    • Rechercher pneumonie,

    • Embolie pulmonaire,

    • Pneumothorax,

    • Et décompensation cardiaque.

  • Le traitement initial repose sur un bronchodilatateur inhalé de courte durée d’action, avec réévaluation rapide.

  • Si une corticothérapie systémique est indiquée :

    • Prednisone 40 mg/j pendant 5 jours chez l’adulte.

  • Les antibiotiques ne sont pas systématiques ;

    • Leur choix dépend du risque d’échec et des recommandations locales.

  • Organiser le contrôle dans les 48–72 heures, plus tôt si terrain fragile ;

    • Toute aggravation impose une réévaluation immédiate.

CIM

J44.1 : BPCO avec exacerbation aiguë, sans précision.

J44.0 : BPCO avec infection aiguë des voies respiratoires inférieures ; préciser l’infection associée.

Définition

Définition et facteurs déclenchants

  • Aggravation au-delà des variations habituelles de la dyspnée, de la toux et/ou des expectorations, s’installant en quelques jours, généralement en moins de 14 jours.

  • Les causes fréquentes sont les infections respiratoires, notamment virales, et les irritants ; vérifier aussi l’observance et l’utilisation de l’inhalateur.

  • L’épisode peut révéler une BPCO : programmer la confirmation spirométrique après récupération.

  • Ne pas attendre 24 ou 48 heures pour agir si des signes de gravité apparaissent.

Clinique

Évaluation initiale

  • Comparer à l’état habituel : dyspnée, capacité de marche, volume et aspect des crachats, SpO₂, oxygénothérapie et autonomie.

  • Préciser la chronologie, la fièvre, les douleurs thoraciques, les contacts infectieux et les traitements déjà pris.

  • Rechercher antécédents de VNI ou de réanimation, hospitalisations, antibiotiques récents, germe résistant connu et comorbidités.

  • Mesurer FR, FC, pression artérielle, température et SpO₂ ; observer la parole, la conscience et les muscles respiratoires avant l’auscultation.

Gravité et lieu de soins

Éléments d’alerte

Conséquence pratique

Respiration paradoxale, épuisement, cyanose, troubles de conscience, hypotension

Urgence vitale, appel immédiat.

SpO₂ < 90 % ou baisse nette par rapport à la valeur habituelle, besoin nouveau d’oxygène

Évaluation hospitalière ; ne pas attendre une biologie ambulatoire.

SpO₂ < 92 %, FR ≥ 24/min, tachycardie ou dyspnée importante

Éléments préoccupants à interpréter ensemble et par rapport à l’état basal ; seuil bas de recours hospitalier.

Oxygène/VNI à domicile, comorbidité décompensée, fragilité, absence d’aide ou mauvaise réponse initiale

Orientation hospitalière à privilégier même sans détresse manifeste.

GOLD 2026 utilise une évaluation clinique de gravité inspirée de la proposition de Rome ; les seuils ne constituent pas une règle permettant d’exclure l’urgence. Une SpO₂ rassurante n’exclut pas une hypercapnie.

Diagnostics à ne pas manquer

Diagnostic

Arguments d’orientation

Pneumonie

Fièvre, foyer auscultatoire, douleur pleurale, altération générale.

Embolie pulmonaire

Début brutal, douleur, hémoptysie, signes de thrombose, facteurs de risque ou hypoxémie disproportionnée.

Insuffisance cardiaque / syndrome coronarien / arythmie

Orthopnée, œdèmes, douleur thoracique, palpitations ou signes de congestion.

Pneumothorax

Douleur brutale, asymétrie ventilatoire ; possible présentation trompeuse sur emphysème.

Examens complémentaires

Examens selon la situation

Situation

Examens utiles

Forme simple, diagnostic clinique probable, bonne tolérance

SpO₂ ; pas de biologie, radiographie ou ECBC systématiques.

Fièvre importante, foyer, douleur, présentation atypique ou échec

Radiographie thoracique ; autres examens orientés par le diagnostic suspecté.

Forme sévère ou hospitalisée

Gaz du sang, radiographie thoracique, ECG, NFS, ionogramme, créatinine et bilan adapté au terrain.

Suspicion d’événement cardiovasculaire ou d’EP

ECG, troponine, BNP/NT-proBNP ou démarche diagnostique d’EP selon la probabilité clinique.

Échec antibiotique, Pseudomonas connu, ventilation ou forme grave

Avis spécialisé et prélèvement respiratoire selon le contexte ; pas d’ECBC de routine en ville.

Une CRP ne suffit pas, isolément, à décider d’un antibiotique. Les tests viraux sont utiles lorsqu’ils changent le traitement ou les mesures de prévention. La spirométrie de confirmation se fait après stabilisation.

Traitement

Bronchodilatation et mesures immédiates

  • Installer en position confortable, limiter les efforts et surveiller la réponse clinique sans retarder un transfert indiqué.

  • Salbutamol en aérosol-doseur 100 µg : commencer par 1 à 2 bouffées, idéalement avec chambre ; administrer une bouffée à la fois et réévaluer rapidement.

  • Adapter les doses et leur répétition à la réponse sous surveillance ; une dyspnée importante ou une réponse insuffisante nécessite une prise en charge urgente, sans limiter les soins à cette dose initiale.

  • En structure équipée, le salbutamol nébulisé, habituellement 2,5 à 5 mg chez l’adulte, peut être associé à l’ipratropium 0,5 mg dans les formes importantes ; répétitions selon protocole et surveillance.

  • Surveiller tachycardie, tremblements et hypokaliémie lors de fortes doses ; éviter la projection d’ipratropium dans les yeux.

  • Maintenir ou reprendre rapidement le traitement de fond adapté ; vérifier les doublons et la technique d’inhalation.

Corticothérapie systémique

  • À envisager devant une exacerbation avec majoration significative de la dyspnée ou réponse insuffisante aux bronchodilatateurs ; elle n’est pas automatique pour une simple majoration de toux.

  • Prednisone 40 mg par voie orale, une fois par jour, pendant 5 jours ; par exemple deux comprimés de 20 mg le matin.

  • La voie orale est privilégiée si possible ; une courte cure isolée ne nécessite habituellement pas de décroissance.

  • Adapter la conduite en cas de corticothérapie chronique ou de risque d’insuffisance surrénalienne ; surveiller notamment glycémie, sommeil, humeur et rétention hydrosodée.

  • Ne pas prolonger la cure sans réévaluation ni substituer une simple augmentation des CSI au traitement d’une exacerbation importante.

Oxygène et assistance ventilatoire

  • En cas d’hypoxémie aiguë, administrer un oxygène titré, avec une cible initiale généralement de 88–92 %, puis adapter aux gaz du sang.

  • Ne pas refuser l’oxygène à un patient hypoxémique par crainte de l’hypercapnie ; éviter l’administration incontrôlée et organiser le transfert.

  • La VNI est un traitement hospitalier majeur de l’insuffisance respiratoire hypercapnique avec acidose, notamment pH ≤ 7,35 et PaCO₂ > 45 mmHg, sauf contre-indication.

  • Ne pas retarder l’intubation en cas d’échec ou de contre-indication à la VNI ; l’oxygène à haut débit ne remplace pas automatiquement la VNI dans l’acidose hypercapnique.

Antibiothérapie

Décider de l’antibiothérapie en ville

Repères HAS–SPILF–SPLF, actualisés en janvier 2025 : traiter si le volume et la purulence des expectorations augmentent pendant au moins 48 heures ; si VEMS < 30 %, traiter d’emblée une expectoration abondante et purulente. Une purulence isolée ne suffit pas. Les formes ventilées relèvent du protocole hospitalier.

Choix pratique chez l’adulte

Situation

Traitement oral proposé

Sans facteur de risque d’échec

Amoxicilline 1 g, 3 fois/j, 5 jours.

Avec facteur de risque d’échec

Amoxicilline/acide clavulanique 1 g/125 mg, 3 fois/j, 5 jours.

Allergie documentée aux pénicillines, sans facteur de risque

Pristinamycine 1 g, 3 fois/j, 4 jours.

Allergie avec risque d’échec, Pseudomonas connu ou récidive précoce

Choix individualisé / avis spécialisé ; éviter une fluoroquinolone empirique.

Facteurs de risque : âge > 65 ans, VEMS < 50 %, ≥ 2 exacerbations/an ou une hospitalisation, cardiopathie, antibiotiques répétés ou échec initial ; désaturation et oxygène à domicile justifient une orientation hospitalière.

Vérifier fonction rénale, allergies, interactions et disponibilité locale. La posologie d’amoxicilline/acide clavulanique indique les deux composants, pas le nombre de comprimés. Les schémas ci-dessus sont français ; adapter au référentiel national. Ne pas prolonger automatiquement si les symptômes résiduels diminuent.

Suivi

Réévaluation et sécurité à domicile

  • Avant le retour : vérifier amélioration, prise correcte des inhalateurs, capacité à boire et à prendre les traitements, présence d’aide et accès rapide aux soins.

  • Donner par écrit les horaires, les dates d’arrêt des cures et le rendez-vous de contrôle à 48–72 heures ; avancer ce contrôle à 24 heures si nécessaire.

  • Consigne patient : appeler immédiatement le 112/15 si essoufflement au repos qui s’aggrave, impossibilité de parler, lèvres bleues, somnolence, confusion, malaise ou douleur thoracique.

  • En cas d’échec, rechercher pneumonie, embolie pulmonaire, insuffisance cardiaque, mauvaise technique ou résistance ; ne pas renouveler mécaniquement corticoïdes et antibiotiques.

Après l’épisode

  • Après hospitalisation, prévoir une consultation du médecin traitant dans la semaine et un suivi pneumologique rapproché.

  • Proposer la réadaptation après stabilisation, idéalement dans les 3 semaines suivant la sortie selon ERS/ATS ; organiser les soins dès l’hospitalisation.

  • Revoir sevrage tabagique, nutrition, activité, vaccinations et plan d’action ; réévaluer le traitement de fond selon le traitement antérieur et les éosinophiles.

  • Documenter cet épisode dans le risque annuel : GOLD 2026 considère déjà une exacerbation modérée ou sévère comme un signal justifiant une réévaluation thérapeutique.

  • La récupération peut prendre plusieurs semaines ; une aggravation secondaire, une douleur thoracique ou une dyspnée persistante disproportionnée impose un nouveau bilan.

Abréviations

Abréviations

EABPCO : exacerbation aiguë de BPCO · CSI : corticoïde inhalé · ECBC : examen cytobactériologique des crachats · EP : embolie pulmonaire · FR/FC : fréquences respiratoire/cardiaque · VEMS : volume expiratoire maximal en une seconde · VNI : ventilation non invasive.

Sources et références

Les liens externes s’ouvrent dans un nouvel onglet.