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Exacerbation d’asthme de l’adulte et de l’adolescent à partir de 12 ans

PneumologieMis à jour le

Aperçu

Points clés

  • Évaluer la gravité dès l’arrivée :

    • Parole,

    • Conscience,

    • Fréquence respiratoire,

    • SpO₂,

    • Entrée d’air et DEP si réalisable.

    • Ne pas attendre les examens pour traiter.

  • Silence auscultatoire, épuisement ou troubles de conscience :

    • Urgence vitale, même si les sifflements deviennent moins audibles.

  • Administrer rapidement un bronchodilatateur inhalé ;

    • l’aérosol-doseur avec chambre est adapté aux formes non graves et utilisable en attendant les secours.

  • Introduire précocement une corticothérapie systémique dans les formes modérées à sévères, sans remplacer le traitement inhalé.

  • Après amélioration : maintenir un traitement contenant un CSI, vérifier la technique et remettre un plan d’action. Une exacerbation impose de réévaluer le traitement de fond.

CIM

J45.0 : asthme à prédominance allergique ; J45.1 : asthme non allergique ; J45.8 : asthme associé (mixte) ; J45.9 : asthme sans précision. J46 : état de mal asthmatique / asthme aigu grave lorsque documenté, pas toute exacerbation.

Définition

  • Aggravation aiguë ou subaiguë de la dyspnée, des sifflements, de la toux ou de l’oppression thoracique, avec diminution des débits expiratoires.

  • Peut survenir chez un patient ayant habituellement peu de symptômes.

  • Déclencheurs fréquents :

    • infection respiratoire virale ;

    • allergènes, pollution, fumées ;

    • interruption ou insuffisance du traitement par CS

Clinique

Évaluation immédiate

  • Préciser le début, la vitesse d’aggravation et les traitements déjà pris.

  • Mesurer FR, FC, PA et SpO₂ ; rechercher tirage, difficultés à parler et signes d’épuisement.

  • Mesurer le DEP, si possible sans retarder les soins, en pourcentage de la meilleure valeur personnelle ou, à défaut, de la valeur théorique.

  • Rechercher un antécédent d’intubation, de réanimation ou d’hospitalisation récente : le seuil d’adressage doit être plus bas. SRLF

Repères de gravité — GINA 2026

Critère

Présentation légère

Présentation modérée

Présentation sévère

Parole / position

Phrases complètes ; peut s’allonger

Phrases courtes ; préfère rester assis

Parole très difficile ; ne peut boire ou s’allonger

Respiration

Peu accélérée, peu ou pas de tirage

FR augmentée mais ≤ 30/min ; tirage possible

FR > 30/min, détresse respiratoire

Auscultation

Entrée d’air conservée

Sibilants, entrée d’air diminuée

Entrée d’air très faible ou silence auscultatoire

SpO₂ en air ambiant

≥ 94 %

≥ 92 %

< 92 %

DEP

> 70 %

50–70 %

< 50 %

  • Retenir le signe le plus grave, sans attendre que tous les critères soient présents.

  • Somnolence, confusion ou cyanose : menace vitale immédiate.

Ne pas méconnaître un autre diagnostic

  • Pneumothorax, pneumonie, embolie pulmonaire, insuffisance cardiaque.

  • Obstruction laryngée ou corps étranger.

  • Anaphylaxie si début brutal après exposition, avec manifestations cutanéomuqueuses, digestives ou circulatoires : adrénaline prioritaire.

Examens complémentaires

Pas de bilan systématique dans une exacerbation légère typique répondant au traitement.

  • Radiographie thoracique si :

    • Présentation atypique,

    • Suspicion de complication,

    • Ou mauvaise réponse.

  • Gaz du sang si :

    • Forme sévère,

    • Épuisement,

    • Hypoxémie persistante,

    • Ou réponse insuffisante ;

      • Rechercher notamment une hypercapnie.

  • Les examens ne doivent jamais retarder le traitement ou le transfert.

  • Sous fortes doses répétées de salbutamol :

    • contrôler la kaliémie et la glycémie selon le terrain ;

    • discuter ECG et lactates en cas de tachycardie importante, trouble du rythme ou dyspnée persistante malgré amélioration du bronchospasme.

Traitement

1ère heure au cabinet : schéma GINA 2026

Traitement

DCI / marque et dose

Modalités

BACA inhalé, crise légère

Salbutamol — Ventoline 100 µg/dose : 4 bouffées avec chambre.

Réévaluer ; si nécessaire, répéter une fois après 30–60 minutes. Une aggravation impose de reclasser immédiatement.

BACA inhalé, crise modérée

Salbutamol 100 µg : 4–6 bouffées avec chambre, jusqu’à 3 séquences espacées de 20–30 minutes selon réponse.

Si aérosol/chambre non réalisable : nébulisation 2,5 mg selon matériel et protocole. Ajouter CSO ; ne pas poursuivre à domicile sans réévaluation.

BACA inhalé, crise sévère

Salbutamol 100 µg : 6–10 bouffées avec chambre, ou nébulisation 5 mg ; répéter toutes les 20–30 minutes pendant l’organisation du transfert.

Surveillance continue adaptée. La dose inhalée en µg n’est pas interchangeable avec la dose nébulisée en mg.

Antimuscarinique de courte durée, addition

Ipratropium — Atrovent : 4 bouffées de 20 µg avec chambre à chaque séquence, jusqu’à 3 administrations initiales selon protocole ; nébulisation possible en structure de soins.

Ajout en crise sévère ou modérée insuffisamment améliorée ; pas un substitut du BACA ni un traitement à prolonger systématiquement à domicile.

Corticoïde oral précoce

Prednisone — Cortancyl, ou prednisolone — Solupred : adulte, 40–50 mg/j pendant 5–7 jours (GINA). Chez l’adolescent de 12–17 ans, schéma pondéral du National Asthma Council : 1 mg/kg/j, maximum 50 mg/j, pendant 3–5 jours.

Première dose sans attendre en crise modérée/sévère. Prise orale si possible, habituellement matinale ensuite. Choisir un schéma identifié ; ne pas les cumuler. Pas de décroissance après une courte cure chez un patient non corticodépendant.

Oxygène titré

Si hypoxémie, administrer par lunettes ou masque et régler le débit sur la SpO₂.

Cible 92–95 % selon GINA 2026 pour cette tranche d’âge ; adapter à la situation et au protocole d’urgence. Pas d’oxygène systématique si saturation suffisante.

Technique avec chambre

  • Installer assis, expliquer brièvement. Agiter l’aérosol de salbutamol avant chaque bouffée.

  • Une bouffée à la fois dans la chambre ; inhalation lente et profonde avec pause si possible, ou plusieurs respirations calmes selon le matériel et l’état clinique. Ne pas injecter toutes les bouffées d’un coup.

  • Noter heure, dose cumulée, effet clinique, SpO₂ et DEP. Ne pas retarder le transfert pour terminer les trois séquences.

Patient déjà traité par AIR ou MART

  • Pour les premiers symptômes sans gravité, appliquer le plan CSI–formotérol déjà prescrit et ses limites propres au dispositif ; voir fiche de fond pour Symbicort et Formodual.

  • Une exacerbation modérée/sévère prise en charge médicalement relève du traitement aigu ci-dessus. Ne pas multiplier simultanément plusieurs schémas de secours sans comptabiliser les doses.

  • Ne pas quadrupler indistinctement une association CSI–LABA : cela peut surdoser le LABA. Toute adaptation doit être écrite et propre au traitement.

Escalade hospitalière et traitements à éviter

  • Persistance de signes sévères malgré traitement initial : soins d’urgence, nébulisations et surveillance ; magnésium IV et assistance ventilatoire sur décision de l’équipe d’urgence/réanimation.

  • Pas d’antibiotique sans infection bactérienne étayée. Pas de sédatif, mucolytique ni antitussif pour traiter la crise.

  • Pas d’adrénaline systématique hors anaphylaxie. Pas de théophylline/aminophylline en première intention.

  • Ne pas interrompre le CSI. Ne pas prescrire de protecteur gastrique systématique pour une courte cure de CSO sans indication propre.

Suivi

Réévaluation et orientation

Pendant la première heure

  • Réévaluer après chaque séquence : parole, dyspnée, FR, FC, SpO₂, entrée d’air et DEP si possible.

  • Aggravation ou absence d’amélioration : transfert urgent.

  • Une amélioration subjective isolée ne suffit pas à décider du retour à domicile.

Retour à domicile envisageable après amélioration durable

  • Symptômes devenus légers, sans signe de gravité.

  • Stabilité observée au moins 1–2 heures après la dernière administration de salbutamol.

  • DEP > 70 %, en amélioration.

  • Saturation stable en air ambiant ; en pratique, rechercher ≥ 94 % avant un retour ambulatoire.

  • Patient capable d’utiliser ses traitements, disposant des médicaments et d’un entourage ou d’un accès aux soins adaptés.

Avant la sortie

  • Instaurer ou renforcer un entretien contenant un CSI.

  • GINA 2026 privilégie généralement un CSI–formotérol en MART, palier 4, après une exacerbation nécessitant une prise en charge aiguë ; adapter au traitement antérieur, à la gravité et au contexte.

  • À défaut : entretien CSI–LABA avec secours distinct explicitement prescrit.

  • Après stabilisation, utiliser le secours à la demande, plutôt qu’en prises fixes prolongées.

  • Vérifier la technique et remettre un plan d’action écrit avec critères de reconsultation.

6. Suivi et prévention des récidives

  • Programmer un contrôle précoce : dans les 2–7 jours, plus tôt si nécessaire ; ne pas attendre ce rendez-vous en cas d’aggravation.

  • Vérifier la récupération, l’accès aux médicaments, l’observance et la technique.

  • Rechercher le facteur déclenchant et revoir le plan d’action.

  • Organiser un suivi jusqu’au retour à l’état habituel.

  • Demander un avis pneumologique après hospitalisation, passages répétés aux urgences, contrôle insuffisant ou cures répétées de corticoïdes systémiques.

  • Rechercher une stratégie d’épargne cortisonique plutôt que multiplier les cures sans réévaluation du traitement de fond.

Abréviations

Repères

AbréviationSignification
BACA / SABABêta2-agoniste de courte durée d’action
CSI / CSOCorticoïde inhalé / oral
DEP / VEMSDébit expiratoire de pointe / volume expiratoire maximal en une seconde
FR / SpO₂Fréquence respiratoire / saturation pulsée en oxygène
IM / IVIntramusculaire / intraveineux
MARTCSI–formotérol en entretien et secours
PaCO₂Pression partielle artérielle en dioxyde de carbone

Sources et références

Les liens externes s’ouvrent dans un nouvel onglet.