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Évaluation du risque cardiovasculaire

CardiologieMis à jour le

Aperçu

Points clés

  • Évaluer le risque global avant de fixer les objectifs thérapeutiques.

  • En prévention primaire :

    • SCORE2 entre 40 et 69 ans, SCORE2-OP entre 70 et 89 ans. Choisir la calibration « pays à faible risque » pour la France.

  • Le résultat estime les événements cardiovasculaires fatals et non fatals à 10 ans.

  • Une maladie athéroscléreuse établie, un diabète, une maladie rénale chronique ou une hypercholestérolémie familiale nécessitent une approche spécifique.

  • Le score calcique est un examen de deuxième intention, lorsque son résultat peut modifier une décision préventive.

  • Un score calcique nul n’exclut pas une coronaropathie, notamment en présence de symptômes.

  • La décision de traiter associe risque estimé, facteurs aggravants, bénéfice attendu, tolérance et préférences du patient.

CIM

  • Z13.6 — Examen spécial de dépistage des affections cardiovasculaires. Associer, selon les diagnostics présents :

    • I10 — Hypertension essentielle ;

    • E78.0 — Hypercholestérolémie essentielle ;

    • E78.5 — Hyperlipidémie sans précision ;

    • Z72.0 — Usage du tabac. [12]

Définition

  • Le risque cardiovasculaire correspond à la probabilité de présenter un événement cardiovasculaire au cours d’une période donnée.

  • SCORE2 et SCORE2-OP prédisent le risque à 10 ans de décès cardiovasculaire, d’infarctus du myocarde ou d’AVC non fatal. Ils ne constituent pas des tests diagnostiques de coronaropathie.

  • Un risque faible à 10 ans chez un adulte jeune peut masquer un risque important au cours de la vie, en cas d’exposition prolongée au tabac, à l’HTA ou à un LDL-cholestérol élevé. SCORE2, réf. 3 ;

  • SCORE2-OP, réf. 4.

Clinique

Quand évaluer ?

  • En présence d’un facteur de risque, notamment :

    • Tabagisme,

    • HTA,

    • Dyslipidémie,

    • Obésité,

    • Ou antécédent familial cardiovasculaire précoce.

  • En l’absence de facteur connu :

    • Envisager une évaluation à partir de 40 ans chez l’homme,

    • de 50 ans chez la femme,

    • ou après la ménopause. [1]

Interrogatoire et examen

  • Rechercher :

    • Antécédents personnels :

      • maladie coronaire,

      • AVC/AIT,

      • artériopathie,

      • diabète,

      • maladie rénale.

    • Antécédents familiaux précoces :

      • événement cardiovasculaire chez un apparenté du premier degré avant 55 ans chez l’homme ou 60 ans chez la femme.

    • Tabac, alimentation, activité physique, sédentarité, alcool, traitements et observance.

    • Maladies inflammatoires, VIH, troubles psychiatriques sévères, précarité et stress psychosocial.

    • Chez la femme :

      • prééclampsie,

      • HTA gravidique

      • et ménopause prématurée.

  • Mesurer la pression artérielle, le poids, l’IMC et le tour de taille ;

  • examiner le pouls, le cœur et les pouls périphériques. Confirmer une pression élevée par des mesures répétées et, si possible, hors cabinet. ESC 2025, réf. 2 ;

  • bilan cardiométabolique, réf. 11.

  • Douleur thoracique, dyspnée inexpliquée, claudication ou symptôme neurologique transitoire :

    • organiser une démarche diagnostique adaptée. Une suspicion d’événement aigu relève d’une évaluation urgente, indépendamment du score.

Examens complémentaires

1. Bilan initial

  • Bilan lipidique :

    • cholestérol total,

    • HDL-c,

    • triglycérides

    • et LDL-c.

  • Glycémie à jeun ;

  • HbA1c selon le contexte.

  • Créatinine avec estimation du DFG.

  • Rapport albuminurie/créatininurie urinaire, particulièrement en présence d’HTA, de diabète, de maladie cardiovasculaire ou de suspicion de maladie rénale.

  • Le jeûne n’est pas indispensable à tout bilan lipidique ;

  • le privilégier notamment en cas d’hypertriglycéridémie.

  • La TSH et les autres recherches de causes secondaires sont guidées par le contexte.

  • réf. 11.

2. Choisir le bon outil

Situation

Approche

Adulte de 40–69 ans, sans situation particulière

SCORE2

Adulte de 70–89 ans, sans situation particulière

SCORE2-OP

Diabète de type 2, 40–69 ans, sans maladie athéroscléreuse ni atteinte sévère d’organe cible

SCORE2-Diabetes

Maladie athéroscléreuse établie

Prévention secondaire :
SCORE2 non adapté

Maladie rénale chronique

Évaluation intégrant DFG et albuminurie

Hypercholestérolémie familiale, anomalie lipidique majeure ou HTA sévère

Prise en charge spécifique, sans banaliser le risque par un score faible

Moins de 40 ans ou au-delà de 89 ans

Évaluation clinique individualisée ;
ne pas extrapoler les scores

  • Pour SCORE2/SCORE2-OP :

    • renseigner âge, sexe, tabagisme, pression systolique et paramètres lipidiques. Les grilles utilisent le non-HDL-c = cholestérol total − HDL-c ;

    • les calculateurs peuvent demander séparément ces deux valeurs.

  • Le LDL-c n’est pas interchangeable avec le non-HDL-c. Vérifier les unités.

  • Calculateur :

3. Interpréter le résultat sans mélanger les référentiels

  • Pour la stratégie lipidique ESC/EAS 2025, chez les personnes auxquelles SCORE2/SCORE2-OP s’appliquent :

Risque à 10 ans

Catégorie

< 2 %

Faible

2 à < 10 %

Modéré

10 à < 20 %

Élevé

≥ 20 %

Très élevé

  • Ces catégories ne remplacent pas l’évaluation des situations particulières.

Repères de prévention ESC 2021, dépendants de l’âge :

Âge

Faible à modéré

Élevé

Très élevé

40–49 ans

< 2,5 %

2,5 à < 7,5 %

≥ 7,5 %

50–69 ans

< 5 %

5 à < 10 %

≥ 10 %

70–89 ans

< 7,5 %

7,5 à < 15 %

≥ 15 %

  • Documenter le pourcentage et le référentiel utilisé, plutôt que la seule mention « risque élevé ».

4. Situations particulières

Diabète de type 2

  • SCORE2-Diabetes ajoute notamment l’âge au diagnostic, l’HbA1c et le DFG :

    • Faible :

      • < 5 %.

    • Modéré :

      • 5 à < 10 %.

    • Élevé :

      • 10 à < 20 %.

    • Très élevé :

      • ≥ 20 %.

  • Une maladie athéroscléreuse ou une atteinte sévère d’organe cible classe d’emblée le patient à très haut risque. Celle-ci comprend notamment :

    • DFG < 45 mL/min/1,73 m² ;

    • DFG 45–59 avec albuminurie ;

    • albuminurie > 300 mg/g ;

    • ou atteinte microvasculaire de trois territoires.

  • Ne pas utiliser SCORE2 standard chez un patient diabétique.

Maladie rénale chronique

  • Les recommandations ESC/ERA 2026 préconisent des modèles intégrant le DFG et/ou l’albuminurie. Un SCORE2 standard isolé peut sous-estimer le risque ;

  • une extension rénale validée peut affiner l’estimation dans sa population d’utilisation.

  • Une anomalie rénale doit persister au moins trois mois pour établir la chronicité.

Facteur de risque majeur isolé

  • Un LDL-c > 1,90 g/L, une PA ≥ 180/110 mmHg ou une hypercholestérolémie familiale justifient une prise en charge spécifique, même chez un adulte jeune avec un faible risque calculé.

5. Affiner une décision incertaine

Lipoprotéine(a)

  • Envisager un dosage au moins une fois à l’âge adulte, particulièrement si antécédents familiaux précoces ou décision thérapeutique limite.

  • Une Lp(a) > 50 mg/dL, soit 0,50 g/L, constitue un modificateur de risque. L’ESC 2025 utilise aussi le repère 105 nmol/L ;

  • ne pas appliquer une conversion fixe entre unités massiques et molaires.

Score calcique coronaire

  • Scanner sans injection iodée, quantifiant les calcifications coronaires en unités d’Agatston.

  • À discuter chez un patient asymptomatique, surtout à risque intermédiaire ou proche d’un seuil de traitement, si le résultat modifiera la décision :

Résultat

Interprétation pratique

0

Risque à court terme plus faible ;
n’exclut pas les plaques non calcifiées

1–99

Athérosclérose calcifiée présente ;
interpréter selon l’âge et le contexte

≥ 100 ou ≥ 75e percentile

Argument important en faveur d’une prévention pharmacologique

≥ 400

Charge athéroscléreuse importante ;
discuter un avis cardiologique

  • Un résultat nul ne suffit pas à écarter une indication thérapeutique forte, notamment en cas de diabète, tabagisme important ou lourde hérédité.

  • Un score élevé n’entraîne pas automatiquement une coronarographie.

  • Le coroscanner injecté et le score calcique répondent à des questions différentes.

Autres examens

  • La recherche de plaques carotidiennes ou fémorales peut aider dans certaines situations. La mesure isolée de l’épaisseur intima-média n’est pas recommandée en routine.

  • ECG, échocardiographie, test d’ischémie et coroscanner sont prescrits selon les symptômes et les indications propres au patient ;

  • ils ne constituent pas un bilan systématique de risque.

Traitement

Mesures pour tous

  • Arrêt du tabac, avec accompagnement.

  • Alimentation de type méditerranéen ;

  • réduction des graisses saturées et des produits très salés.

  • 150–300 minutes d’activité modérée par semaine, ou 75–150 minutes d’activité soutenue, adaptées aux capacités.

  • Réduction de la sédentarité et prise en charge de l’excès pondéral. [1]

Décision médicamenteuse

  • Elle dépend du risque global et du niveau initial de LDL-c, pas du score seul.

Objectifs européens de LDL-c :

Risque

Objectif

Faible

< 1,16 g/L

Modéré

< 1,00 g/L

Élevé

< 0,70 g/L et baisse ≥ 50 %

Très élevé

< 0,55 g/L et baisse ≥ 50 %

  • La baisse relative se calcule par rapport au LDL-c avant traitement. Une cible n’est pas un seuil automatique d’initiation. ESC/EAS, réf. 10.

  • Le consensus français 2026 retient < 1,30 g/L à faible risque, avec un niveau de preuve limité :

    • préciser le référentiel choisi. Statine en première intention, puis adaptation ou association selon la cible et la tolérance. [7]

  • Pression artérielle :

    • chez la majorité des adultes traités, viser une PAS 120–129 mmHg si bien tolérée. Individualiser en cas de fragilité, hypotension orthostatique, âge ≥ 85 ans ou espérance de vie limitée. ESC HTA, réf. 9.

  • Pas d’aspirine systématique en prévention primaire, en raison du risque hémorragique. [1]

Suivi

  • Consigner le score, sa date, sa calibration, les valeurs initiales et les objectifs partagés.

  • Réévaluer plus tôt si nouveau facteur de risque, changement clinique ou résultat proche d’un seuil décisionnel.

  • Chez un patient stable sans indication de suivi rapproché :

    • bilan global généralement tous les 3 à 5 ans. [11]

  • Après introduction ou modification d’un hypolipémiant :

    • contrôle lipidique à 8 ± 4 semaines, puis généralement annuel après stabilisation. [10]

  • À chaque suivi :

    • tabac, activité, PA, observance, tolérance et nouveaux symptômes.

  • Ne pas utiliser la baisse de SCORE2 sous traitement pour justifier son arrêt.

  • Ne pas répéter le score calcique pour mesurer l’efficacité d’une statine :

    • les calcifications peuvent augmenter malgré une stabilisation des plaques. [8]

Abréviations

  • AIT :

    • accident ischémique transitoire.

  • AVC :

    • accident vasculaire cérébral.

  • DFG :

    • débit de filtration glomérulaire.

  • EAS :

    • European Atherosclerosis Society.

  • ERA :

    • European Renal Association.

  • ESC :

    • European Society of Cardiology.

  • HDL-c / LDL-c :

    • cholestérol des lipoprotéines de haute / basse densité.

  • HTA :

    • hypertension artérielle.

  • IMC :

    • indice de masse corporelle.

  • Lp(a) :

    • lipoprotéine(a).

  • PA / PAS :

    • pression artérielle / pression artérielle systolique.

  • SCORE2 :

    • Systematic Coronary Risk Evaluation 2.

  • SCORE2-OP :

    • SCORE2–Older Persons.

Sources et références

Les liens externes s’ouvrent dans un nouvel onglet.