Points clés
Syndrome coronarien chronique (SCC) : angor stable, coronaropathie connue, suivi après infarctus ou revascularisation.
Tout angor de repos, prolongé ou d’aggravation récente = suspicion de SCA : appeler le 15 (ou le 112).
Quatre piliers au long cours : antiagrégant, statine intensive, contrôle des facteurs de risque, réadaptation et hygiène de vie.
LDL-c cible < 0,55 g/L (1,4 mmol/L) avec une baisse d’au moins 50 % par rapport à la valeur initiale.
Aspirine 75–100 mg/j à vie (clopidogrel 75 mg/j si intolérance), après la période de double antiagrégation fixée par le cardiologue.
Ne jamais interrompre une double antiagrégation sans avis cardiologique, notamment avant un geste invasif.
Trinitrine sublinguale à prescrire à tout patient angineux, avec consigne d’appeler le 15 si la douleur persiste.
Colchicine 0,5 mg/j : option de prévention (classe IIa ESC 2024) chez le coronarien stable, à discuter avec le cardiologue.
Diabète de type 2 associé : iSGLT2 et/ou agoniste du GLP-1 à bénéfice cardiovasculaire démontré.
CIM
I20.9 — Angine de poitrine, sans précision.
I25.1 — Cardiopathie artérioscléreuse.
I25.2 — Infarctus du myocarde ancien.
I21 — Infarctus aigu du myocarde (phase aiguë, < 4 semaines).
Définition
Définition
Le syndrome coronarien chronique regroupe les situations de maladie coronaire en dehors de la phase aiguë : angor stable d’effort, coronaropathie découverte sans symptôme, patient stabilisé après un syndrome coronarien aigu (SCA) ou une revascularisation.
La maladie reste évolutive : le risque d’infarctus, d’AVC et de décès justifie une prévention secondaire intensive et prolongée.
Une ischémie myocardique peut exister sans lésion coronaire obstructive (atteinte microvasculaire, spasme) : avis cardiologique si symptômes typiques et coronaires normales.
Angor : caractéristiques
Élément | Angor typique |
|---|---|
Siège et type | Douleur ou gêne rétrosternale constrictive, pouvant irradier vers le cou, la mâchoire, l’épaule ou le bras. |
Déclenchement | Effort, froid, stress émotionnel, repas copieux. |
Soulagement | Arrêt de l’effort ou trinitrine en quelques minutes. |
Présentations atypiques fréquentes chez la femme, le diabétique et la personne âgée : dyspnée d’effort, fatigue, douleur épigastrique.
Situations devenant urgentes
Angor de repos, douleur prolongée (> 20 minutes), angor de novo ou d’aggravation rapide : suspicion de SCA, appel au 15.
Syncope d’effort, dyspnée aiguë, palpitations mal tolérées : évaluation urgente.
Clinique
Interrogatoire
Caractériser la douleur : siège, déclenchement, durée, effet du repos et de la trinitrine, évolution récente.
Évaluer le retentissement : périmètre de marche, activités limitées, dyspnée d’effort.
Relever les facteurs de risque : tabac, HTA, dyslipidémie, diabète, obésité, sédentarité, maladie rénale chronique, hérédité coronaire précoce.
Chez le coronarien connu : événements antérieurs, sténts et dates, traitements réellement pris, saignements, observance.
Rechercher une atteinte d’autres territoires : AOMI, AVC ou AIT, sténose carotide.
Examen clinique
PA aux deux bras, FC, poids, IMC, tour de taille.
Auscultation cardiaque (souffle aortique, signes d’insuffisance cardiaque) et palpation des pouls, avec recherche de souffles vasculaires.
Signes d’insuffisance cardiaque : œdèmes, crépitants, turgescence jugulaire.
Examens complémentaires
Au diagnostic ou devant une suspicion d’angor stable
Examen | Objectif |
|---|---|
ECG 12 dérivations de repos | Séquelle d’infarctus, trouble de la repolarisation, trouble du rythme ou de conduction. Un ECG normal n’exclut pas une coronaropathie. |
Biologie | Bilan lipidique, glycémie à jeun ou HbA1c, créatinine et DFG, NFS, bilan hépatique avant statine ; TSH selon le contexte. |
Échocardiographie | FEVG, troubles de la cinétique, valvulopathie. |
Examen de confirmation | Choisi par le cardiologue selon la probabilité clinique : coroscanner, test d’ischémie (échographie de stress, scintigraphie, IRM de stress) ou coronarographie. |
Chez le coronarien suivi
Bilan lipidique 4 à 8 semaines après toute modification du traitement hypolipémiant, puis au moins annuel.
Créatinine, DFG et kaliémie sous IEC, ARA2 ou ARM ; HbA1c si diabète.
CPK uniquement en cas de symptômes musculaires sous statine ; transaminases selon le contexte.
ECG au moins annuel et devant toute modification des symptômes.
Traitement
Prévention secondaire — pour tous
Arrêt complet du tabac, avec aide au sevrage.
Activité physique régulière adaptée ; réadaptation cardiaque après un SCA ou une revascularisation (l’ESC a publié en 2026 ses premières recommandations dédiées).
Alimentation de type méditerranéen, contrôle du poids, limitation de l’alcool.
PA cible < 130/80 mmHg si tolérée.
Vaccination antigrippale annuelle.
Antithrombotiques
Situation | Traitement |
|---|---|
Coronaropathie stable | Aspirine 75–100 mg/j à vie ; clopidogrel 75 mg/j en cas d’intolérance ou d’allergie. |
Après SCA ou angioplastie | Double antiagrégation d’une durée fixée par le cardiologue selon le risque ischémique et hémorragique : en règle 12 mois après un SCA, plus courte après une angioplastie programmée. |
Fibrillation atriale associée | Anticoagulant oral, associé temporairement à un antiagrégant après une angioplastie, selon le schéma cardiologique. |
Hypolipémiants
Statine de haute intensité d’emblée : par exemple atorvastatine 40–80 mg/j ou rosuvastatine 20–40 mg/j.
Objectif : LDL-c < 0,55 g/L (1,4 mmol/L) et baisse ≥ 50 % par rapport à la valeur initiale.
Si l’objectif n’est pas atteint : ajouter l’ézétimibe, puis discuter avec le cardiologue un inhibiteur de PCSK9 ou l’acide bempédoïque.
Autres traitements selon le profil
IEC (ou ARA2) : recommandé en cas d’HTA, de diabète, d’insuffisance cardiaque ou de dysfonction VG ; à envisager chez le patient à très haut risque.
Bêta-bloquant : indiqué si FEVG ≤ 40 % ou comme antiangineux. Après un infarctus à FEVG préservée, l’intérêt d’un traitement prolongé est remis en question par des essais récents (dont REDUCE-AMI) : décision cardiologique.
Colchicine 0,5 mg/j : à envisager chez le coronarien stable pour réduire le risque d’infarctus et d’AVC ; vérifier la fonction rénale et les interactions (macrolides, antifongiques azolés, ciclosporine).
Diabète de type 2 : iSGLT2 et agoniste du GLP-1 à bénéfice cardiovasculaire.
Surpoids ou obésité (IMC > 27 kg/m²) : le sémaglutide est une option pour réduire les événements cardiovasculaires, selon l’indication et l’accès local.
Traitement de l’angor
Trinitrine sublinguale à la demande : 1 pulvérisation assis, à renouveler une fois après 5 minutes ; appeler le 15 si la douleur persiste.
Contre-indication : prise récente d’un inhibiteur de la phosphodiestérase de type 5 (sildénafil, tadalafil…) ou hypotension.
Traitement de fond de première intention : bêta-bloquant ou inhibiteur calcique, adapté à la FC, à la PA et aux comorbidités.
Angor persistant malgré le traitement : avis cardiologique, discussion de revascularisation.
Suivi
À chaque consultation
Symptômes : angor, dyspnée, palpitations, tolérance à l’effort.
PA, FC, poids ; observance et effets indésirables (saignements, douleurs musculaires).
Tabac, activité physique, alimentation ; dépistage de la dépression, fréquente après un SCA.
Vérifier les objectifs : LDL-c, PA, HbA1c si diabète.
Rythme du suivi
Situation | Échéance |
|---|---|
Après SCA ou angioplastie | Consultation médicale rapide après la sortie ; réadaptation cardiaque ; titration des traitements dans les premières semaines. |
Patient stable | Médecin traitant tous les 3 à 6 mois ; cardiologue au moins une fois par an. |
Fin de la double antiagrégation | Passage à une monothérapie à la date prévue par le cardiologue, sans arrêt complet des antiagrégants. |
Consignes au patient
Avoir toujours sa trinitrine sur soi et savoir l’utiliser.
Appeler le 15 en cas de douleur thoracique de repos, prolongée ou non soulagée par la trinitrine.
Ne jamais arrêter ses antiagrégants sans avis médical ; signaler le traitement avant tout soin dentaire ou geste invasif.
Éviter les AINS en automédication.
Abréviations
Abréviation | Signification |
|---|---|
AIT / AVC | Accident ischémique transitoire / accident vasculaire cérébral. |
AOMI | Artériopathie oblitérante des membres inférieurs. |
ARA2 / ARM | Antagoniste des récepteurs de l’angiotensine II / antagoniste des récepteurs minéralocorticoïdes. |
DFG | Débit de filtration glomérulaire. |
FEVG / VG | Fraction d’éjection du ventricule gauche / ventricule gauche. |
GLP-1 | Glucagon-like peptide-1. |
IEC | Inhibiteur de l’enzyme de conversion. |
iSGLT2 | Inhibiteur du cotransporteur sodium-glucose de type 2. |
LDL-c | Cholestérol des lipoprotéines de basse densité. |
PCSK9 | Proprotéine convertase subtilisine/kexine de type 9. |
SCA / SCC | Syndrome coronarien aigu / syndrome coronarien chronique. |
Sources et références
Les liens externes s’ouvrent dans un nouvel onglet.
ESC 2024 — Guidelines for the management of chronic coronary syndromes (Vrints et al., Eur Heart J 2024).
Medscape — Chronic Coronary Syndromes Management: ESC 2024 Guideline Summary for General Practice, consulté le 23 septembre 2026.
ESC 2023 — Guidelines for the management of acute coronary syndromes (Byrne et al., Eur Heart J 2023).
ESC/EAS 2025 — Focused update of the 2019 guidelines for the management of dyslipidaemias.
REDUCE-AMI — Beta-blockers after myocardial infarction and preserved ejection fraction (Yndigegn et al., N Engl J Med 2024).
ESC 2026 — Premières recommandations sur la réadaptation cardiaque, ESC Congress 2026.
