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Hyperkaliémie

Urologie / NéphrologieMis à jour le

Aperçu

Points clés

  • Définition : Hyperkaliémie = kaliémie > 5,0 mmol/L

    • Menaçante si > 6,0 mmol/L ou signes ECG associés.

  • Étiologies : Excès d’apports, transfert intracellulaire / extracellulaire, défaut d’élimination rénale.

  • Signes cliniques : Neuromusculaires (paresthésies, faiblesse, paralysie ascendante) ; cardiaques (modifications ECG, bradycardie, QRS élargis).

  • Examens complémentaires : Confirmation biologique, ECG, kaliurèse.

  • Prise en charge : Traitements étiologique (arrêt des causes) et symptomatique (calcium IV, insuline-glucose, salbutamol, épuration extrarénale).

CIM

E87.5 — Hyperkaliémie

Arbre diagnostique

Arbre décisionnel - “Équilibre potassique, hypokaliémie et hyperkaliémie” (Resimont & al. - EMC Néphrologie - 2022)

Définition

L’hyperkaliémie correspond à une concentration de potassium plasmatique > 5,0 mmol/L. Elle devient menaçante pour le pronostic vital lorsque la kaliémie dépasse 6,0 mmol/L ou en présence de signes électrocardiographiques. Une fausse hyperkaliémie doit être éliminée (prélèvement hémolysé, hyperleucocytose, thrombocytose).

Causes de fausse hyperkaliémie

  • Centrifugation tardive (prélèvement au domicile),

  • Manœuvre de pompage du poing au cours du prélèvement,

  • Prélèvement traumatique,

  • Garrot serré laissé en place de manière prolongée,

  • Prélèvement en aval d'une perfusion contenant du potassium,

  • Hyperleucocytose majeure ( > 100 000/mm3) ou thrombocytémie majeure (> 1 000 000/mm3) : leucémie, syndrome myéloprolifératif,

  • Désinfection du site de prélèvement à la povidone iodée,

  • Diamètre insuffisant de l'aiguille ayant servi au prélèvement,

  • Agitation excessive du tube,

  • Transfert des tubes au laboratoire par système pneumatique,

  • Non-respect de l'ordre de prélèvement des tubes (contamination de l'échantillon par des additifs d'autres tubes, notamment par les tubes EDTA),

  • Prélèvement sur un cathéter imprégné d'héparine de benzalkonium,

  • Causes génétiques (fausse hyperkaliémie favorisée par une conservation des tubes à basse température) : pseudohyperkaliémie familiale (autosomique dominante), anémie hémolytique héréditaire (dont stomatocytoses).

Clinique

Signes de gravité à rechercher systématiquement pour une kaliémie > 6,0 mmol/L :

  1. Signes neuromusculaires :

    • Paresthésies (extrémités, péribuccales).

    • Faiblesse musculaire, paralysie ascendante.

  2. Signes cardiaques :

    • ECG :

      • Ondes T pointues et symétriques.

      • Bloc sino-auriculaire (diminution/disparition des ondes P).

      • Allongement du PR, élargissement des QRS.

      • Bradycardie < 50 bpm, rythme jonctionnel.

    • Épisodes d’hypotension ou défaillance circulatoire.

  3. Évolution vers :

    • Arrêt cardiaque par dissociation électromécanique ou bradycardie extrême.

Étiologies

Tableau des étiologies

Mécanisme

Causes fréquentes

Causes plus rares (pour information)

Excès d'apport

Apports excessifs en chlorure de potassium (per os, IV, sonde gastrique)

Cause exceptionnelle si pas d'insuffisance rénale associée

Lyse cellulaire

Rhabdomyolyse

Syndrome de lyse tumorale, hémolyse massive, hémorragie digestive sévère, crush syndrome, ischémie-reperfusion postopératoire, brûlures étendues, exercice physique intense

Transfert membranaire

Acidose

Hypothermie, digitaliques, bêtabloquants, agonistes α-adrénergiques, succinylcholine, paralysie périodique familiale, carence insulinique

Défaut d'excrétion

Insuffisance rénale aiguë et chronique

Hypoaldostéronisme

Insuffisance de l'axe rénine-aldostérone: insuffisance surrénalienne aiguë, AINS, IEC, ARA II, héparine

Ciclosporine, tacrolimus, syndrome hyporéninisme-hypoaldostéronisme de la néphropathie diabétique

Anomalie de la sécrétion tubulaire rénale

Diurétiques épargneurs de potassium, AINS, triméthoprime

Pseudohypoaldostéronisme,

Examens complémentaires

ECG : Meilleur marqueur du risque vital immédiat.

  • Recherche de : ondes T pointues, QRS élargis, bradycardie, rythme jonctionnel.

Kaliurèse

  • > 30 mmol/L : Excrétion rénale adaptée (excès d’apports, lyse cellulaire).

  • < 30 mmol/L : Défaut d’excrétion (insuffisance rénale, hypoaldostéronisme).

Dosage du cortisol

  • Si suspicion d’insuffisance surrénalienne.

Prise en charge au cabinet

Toute hyperkaliémie doit faire réaliser un ECG

Si Kaliémie > 6 mmol/L et/ou signes ECG

  • Adresser aux urgences, voir Appel du 15

Kaliémie < 6 mmol/L + ECG normal

  • Traitement étiologique :

    • Arrêt des apports potassiques (IV, per os).

    • Suspension des médicaments hyperkaliémiants (IEC, ARA II, AINS).

    • Prise en charge de l’insuffisance rénale (réhydratation si insuffisance rénale fonctionnelle sur déshydratation, levée d’obstacle si insuffisance rénale obstructive).

  • Traitement médicamenteux (hyperkaliémies modérées et chroniques) :

    • Résine échangeuse d'ions (Kayexalate®) :

      • 1 à 4 cuillères mesures par jour en veillant au risque d'excès d'apport en sodium (~1,65 g/dose) et de complications digestives, et/oju

    • Diurétiques thiazidiques (surtout en cas d'HTA), et/ou

    • iSGLT2 (surtout en cas d'insuffisance rénale, d'insuffisance cardiaque ou de diabète), 

  • Surveillance biologique étroite

Prise en charge aux urgences

Traitement « membranaire » (en cas de signes ECG menaçants)

  • Objectif : Corriger les effets cardiaques immédiatement.

  • Options :

    • Sels de calcium :

      • Gluconate de calcium : 20 mL à 10% (2 g) injectés en IV sur 5 minutes.

      • Chlorure de calcium : 10 mL à 10% (1 g) injectés en IV sur 5 minutes.

    • Bicarbonate de sodium molaire à 8,4% :

      • Permet de réduire la largeur des QRS rapidement.

      • Ne fait pas baisser la kaliémie.

Baisse de la kaliémie (transfert intracellulaire)

  • Objectif : Réduire temporairement la kaliémie en faisant entrer le potassium dans les cellules.

  • Options :

    • Insuline + glucose :

      • 10 UI d'insuline rapide dans 500 mL de soluté glucosé à 10% en débit libre.

      • Prévention de l’hypoglycémie grâce au glucose.

    • Salbutamol :

      • Nébulisation d’aérosol : 20 mg (4 fois la dose standard pour l’asthme).

      • Particulièrement utile en cas de diagnostic rapide sur l'ECG avant pose de perfusion.

    • Bicarbonate de sodium isotonique (1,4%) ou semi-molaire (4,2%) :

      • Indiqué en cas d’acidose métabolique associée.

En pratique

  • En présence de signes ECG menaçants et/ou de kaliémie > 6 mmol/L :

    1. Traitement immédiat :

      • Perfusion insuline-glucose : insuline rapide 10 UI dans 500 mL de G10%.

      • Sels de calcium si signes ECG menaçants :

        • Gluconate de calcium : 20 mL à 10% (2 g) ou chlorure de calcium : 10 mL à 10% (1 g), répétés si nécessaire après 5 minutes.

    2. Appel au médecin référent :

      • Contacter un réanimateur ou un néphrologue pour envisager une épuration extrarénale si persistance de l’hyperkaliémie ou oligo/anurie.

  • En cas de signes ECG sévères (QRS élargis, bradycardie symptomatique) :

    • Injection de bicarbonate de sodium molaire (100 mL en débit libre) associée au calcium :

      • Précautions :

        • Deux voies différentes ou rinçage entre les injections.

        • Surveillance stricte du pH pour éviter une alcalose.

        • Attention à l’augmentation de la volémie (risque d’œdème pulmonaire).

  • En cas de diagnostic rapide sur ECG avant perfusion :

    • Nébulisation de salbutamol (20 mg) en complément du traitement insuline-glucose.

Précautions et limites

  • Traitements membranaires : Corrigent les effets cardiaques mais ne réduisent pas la kaliémie.

  • Transfert intracellulaire : Effet rapide mais transitoire. Possibilité de répétition ou d’association des traitements.

  • Bicarbonate de sodium molaire :

    • Indiqué uniquement en cas de danger vital immédiat.

    • Risque d’alcalose et d’hypoventilation alvéolaire.

Sources et références

Les liens externes s’ouvrent dans un nouvel onglet.

  • Article - “What's new in hyperkalemia management?” (Lefevre F. & al. - La Revue de Médecine Interne - 2024)

  • Collège de Médecine Intensive, réanimation, urgences et défaillances viscérales aiguës, 8ème édition (CEMIR - 2024)