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Gale

DermatologieMis à jour le

Aperçu

Gale sur l'homme, Wikicommons, CC 4.0

Points clés

  • Traiter simultanément toutes les personnes du foyer infecté.

  • Utiliser l’ivermectine orale (dosée selon le poids) en 1 prise, à renouveler après 8 jours, ou appliquer localement la crème de perméthrine (Topiscab®) le soir, renouveler à J8. Alternativement, utiliser Ascabiol®.

  • Désinfecter le linge et la literie.

  • Exclure la personne infectée de la collectivité pendant 3 jours.

CIM

B86 — Gale

Définition

La gale est une dermatose fréquente, prurigineuse et très contagieuse, causée par un acarien, Sarcoptes scabiei.

Cette ectoparasitose cosmopolite est un problème de santé publique majeur, particulièrement dans les établissements de santé, les EHPAD, et les établissements scolaires en raison de sa capacité à provoquer des épidémies.

Épidémiologie

Caractéristiques de l'Acarien

L'acarien femelle Sarcoptes scabiei possède des caractéristiques biologiques spécifiques qui contribuent à la transmission et à la persistance de la gale chez l'homme.

  • Mobilité :

    • L'acarien peut se déplacer rapidement à la surface de la peau, couvrant plusieurs centimètres par heure.

  • Conditions de température :

    • L’acarien est le plus mobile à des températures comprises entre 25 et 30 °C.

    • Il est tué rapidement à une température de 55 °C.

    • Sa mobilité diminue significativement en dessous de 20 °C, et il meurt en 12 à 24 heures en dehors de l’hôte.

  • Incubation :

    • La période d'incubation est d'environ 3 semaines, mais peut être plus courte en cas de réinfestation.

  • Cycle parasitaire :

    • La durée totale du cycle parasitaire est d'environ 20 jours.

  • Charge parasitaire :

    • Chaque individu parasité héberge généralement entre 10 et 20 femelles d'acarien.

Transmission

La gale se transmet principalement par contact interhumain direct et prolongé, mais peut aussi se propager de manière indirecte dans certaines situations.

  • Transmission directe :

    • Se fait par des contacts intimes et prolongés, typiquement dans un cadre familial ou de couple.

    • La gale doit inciter à rechercher d'éventuels rapports sexuels à risque et à dépister les autres infections sexuellement transmissibles (IST).

  • Transmission indirecte :

    • La transmission par les vêtements ou la literie est beaucoup plus rare, sauf dans les formes profuses et hyperkératosiques de la maladie.

  • Propagation épidémique :

    • La gale peut se propager par épidémies dans les collectivités médicalisées, les foyers de personnes âgées, et les milieux sociaux défavorisés.

    • Les populations aux défenses immunitaires amoindries, que ce soit de manière spontanée ou par des traitements locaux ou généraux, sont particulièrement vulnérables.

Clinique

Forme Typique

La gale typique présente des signes cliniques caractéristiques qui permettent de la reconnaître. Il est essentiel de savoir identifier ces signes pour poser un diagnostic précis.

Prurit diffus

  • Le prurit est généralement intense, recrudescant la nuit, et épargne le visage.

  • Il a souvent un caractère conjugal ou familial.

  • La gale doit être envisagée devant tout prurit, même lorsqu'il est peu marqué ou pauci-lésionnel.

Lésions cutanées non spécifiques

Ces lésions résultent du grattage et leur localisation est souvent évocatrice :

  • Espaces interdigitaux,

  • Face antérieure des poignets,

  • Coudes et emmanchures antérieures,

  • Ombilic,

  • Fesses,

  • Face interne des cuisses,

  • Organes génitaux externes chez l'homme,

  • Mamelon et aréole mammaire chez la femme.

Lésions spécifiques à rechercher systématiquement

  • Sillons scabieux :

    • Lésions sinueuses de quelques millimètres de long, correspondant au trajet de l'acarien femelle dans la couche cornée de l'épiderme.

    • Elles sont souvent localisées entre les doigts et sur la face antérieure des poignets.

    • À l'une des extrémités du sillon, une petite surélévation peut correspondre à la position de l'acarien (éminence acarienne).

  • Vésicules perlées :

    • Petites élevures translucides reposant sur une base érythémateuse,

    • Principalement localisées dans les espaces interdigitaux.

  • Nodules scabieux :

    • Papulo-nodules rouges ou violacés,

    • Très prurigineux, parfois excoriés,

    • Siégeant surtout sur les régions génitales masculines.

Formes Cliniques Particulières

Certaines formes de gale présentent des caractéristiques cliniques distinctes qui doivent être reconnues pour un traitement adapté.

Gale du nourrisson

  • Les signes distinctifs incluent des vésiculo-pustules palmaires et plantaires ainsi que des nodules scabieux péri-axillaires. L'atteinte du visage est également possible chez le nourrisson.

Gale profuse

  • Caractérisée par une éruption cutanée étendue, y compris sur le dos.

  • Souvent conséquence d'un diagnostic tardif, d'un déficit immunitaire (notamment infection par le VIH), ou de traitements inadaptés (corticothérapie locale ou générale).

  • Elle survient fréquemment chez des personnes âgées, alitées, avec des troubles cognitifs.

Gale hyperkératosique

  • Se développe chez les immunodéprimés ou les sujets âgés en collectivité, souvent sous traitements immunosuppresseurs (corticothérapie).

  • Très contagieuse, avec une prolifération parasitaire intense.

  • Le prurit est généralement discret, voire absent.

  • L'aspect clinique inclut une atteinte de tout le corps, y compris le visage, le cuir chevelu et les ongles, avec une éventuelle érythrodermie associée à des zones hyperkératosiques.

Formes compliquées

Surinfection

  • L'impétiginisation des lésions est fréquente ; tout impétigo chez l'adulte doit faire suspecter une gale.

  • Dans les pays en développement, la gale surinfectée est une cause majeure de rhumatisme articulaire aigu et de glomérulonéphrite post-streptococcique.

Eczématisation

  • Peut survenir en réponse à la gale elle-même ou à son traitement.

Nodules post-scabieux

  • Lésions papulo-nodulaires prurigineuses rouges ou cuivrées qui persistent parfois plusieurs semaines après un traitement efficace. Ces nodules, bien que prurigineux, ne contiennent pas de sarcoptes et sont d'origine immuno-allergique.

Prise en charge

Diagnostic Clinique

Le diagnostic de la gale est avant tout clinique et se base sur une anamnèse soigneuse ainsi que sur l'observation des signes cutanés caractéristiques.

  • Anamnèse :

    • Le patient rapporte souvent un prurit diffus, particulièrement intense la nuit, avec un renforcement nocturne.

    • Il est également important de rechercher un contexte de contagion familiale ou de partenaire sexuel, qui peut orienter vers le diagnostic de gale.

  • Éruption cutanée :

    • La topographie des lésions est évocatrice, avec une atteinte des espaces interdigitaux, des poignets, des coudes, des organes génitaux, etc.

Confirmation Parasitologique

Bien que le diagnostic soit essentiellement clinique, il peut être confirmé par un examen parasitologique dans certains cas.

  • Mise en évidence de l'acarien par prélèvement :

    • La détection de l'acarien peut s'avérer difficile en dehors des formes profuses et hyperkératosiques.

    • Le prélèvement se fait en grattant un sillon scabieux à l'aide d'un vaccinostyle, en recueillant de préférence l'éminence acarienne.

    • Le matériel prélevé est ensuite observé au microscope pour identifier les œufs ou l'acarien adulte femelle.

  • Dermatoscopie

    • La dermatoscopie est une alternative précieuse à l'examen parasitologique, surtout en pratique de ville.

    • Signe du "deltaplane" :

      • Visualisation partie antérieure du sarcopte à l'extrémité du sillon scabieux.

      • Cet examen peut parfois remplacer l'examen parasitologique, qui n'est pas toujours réalisable.

Gestion des Cas et Prévention

La gale implique des mesures de gestion spécifiques pour prévenir la propagation de l'infection.

  • Éviction scolaire/professionnelle :

    • Le patient doit être évincé de l'école ou du travail jusqu’à 3 jours après le début du traitement.

  • Possible déclaration en Maladie Professionnelle dans le cadre du Tableau 76.

Bilan D'IST

  • Un bilan de dépistage des infections sexuellement transmissibles (IST) est recommandé, avec l'accord du patient, en particulier en retraçant les partenaires des 2 derniers mois.

  • Prurit Persistant : Si le prurit persiste quatre semaines après le traitement, plusieurs hypothèses doivent être envisagées :

    • Gale persistante : Résultant d'un traitement mal conduit ou insuffisant.

    • Ré-infestation : Due à une contamination par l'entourage non traité.

    • Irritation : Conséquence secondaire du traitement local.

    • Parasitophobie : Phobie développée après l'infestation initiale.

Traitement

Traitement local

Tableau des traitements topiques de la gale

Perméthrine 5 % crème

Benzoate de benzyle

Modalités d'application

Étaler la crème en fine couche sur la peau de façon uniforme et sur l'ensemble du corps

  • Prendre un bain ou une douche

    Réaliser un séchage doux

    Appliquer l'émulsion de manière uniforme en 2 couches successives – à 10–15 min d'intervalle, sur tout le corps, sauf sur le visage, en insistant sur les mains et dans les plis de la peau et sous les ongles

Renouveler l'application entre 7 et 14 jours

Renouveler l'application 8 jours après

Durée de contact

Laisser en contact au moins 8 heures

Laisser en contact 24 heures

Contre-indications

Hypersensibilité à la substance active

Allaitement
Nourrissons
Hypersensibilité à un des composants

Effets indésirables

Prurit, paresthésies, sécheresse cutanée

Sensation de cuisson immédiate, eczématisation
Convulsions

Enfant

Adapter la dose à l'âge
Le visage et le cuir chevelu peuvent être traités

Enfant > 2 ans, ou possible à partir de 1 mois en l'absence d'autres lésions cutanées (1 seule couche, temps de contact 12 heures)

Grossesse

Autorisé

Autorisé si nécessaire avec application d'une seule couche

Recommandations générales :

  • Prendre un bain ou une douche avec un séchage doux avant l’application du scabicide.

  • Changer les vêtements, le linge de lit et de toilette après le traitement.

  • Prévenir le patient qu’une exacerbation transitoire du prurit peut survenir.

Traitement Oral

  • Ivermectine :

    • Posologie : 200 μg/kg en une prise unique le matin à jeun, à renouveler 7 à 14 jours plus tard.

    • Précautions : Ne pas utiliser chez les enfants de moins de 15 kg, ni chez les femmes enceintes ou allaitantes. Peut être associé à un traitement local si nécessaire.

  • Gale hyperkératosique :

    • Associer un traitement par voie orale et un traitement local, avec une ou plusieurs doses supplémentaires si nécessaire.

  • Gale surinfectée ou eczématisée :

    • Associer un antibiotique et un dermocorticoïde.

Autres mesures

  • Désinfection de l’environnement :

    • Linge utilisé dans les 3 jours précédents : Lavage à plus de 60°C ou mise en sac plastique hermétique pendant 72 heures, ou avec un acaricide pendant 48 heures.

    • Mobilier : Bionettoyage pour la gale commune, scabicides pour la gale hyperkératosique.

    • Enfants : Laver ou isoler peluches, jouets, poussettes pendant 72 heures.

  • Onychogale :

    • Couper les ongles courts pour prévenir la réinfestation et les surinfections.

    • Appliquer les produits sous les ongles en cas de traitement topique.

  • Éviction scolaire :

    • Préconisée avec un retour dans l’établissement 3 jours après le début du traitement.

  • Dépistage des IST :

    • Recommandé en cas d’exposition avérée à des conduites à risque.

Prévention

Enquête autour du malade

Une enquête doit être réalisée pour identifier la source de contamination et les individus potentiellement infestés. Les sujets à évaluer incluent :

  • Partenaire(s) sexuel(s),

  • Membres de la famille,

  • Entourage proche,

  • Personnel soignant (nourrices, puéricultrices, etc.).

Stratégie thérapeutique

Le traitement doit cibler non seulement le patient, mais aussi les sujets contacts proches et leur environnement. Le traitement doit être administré simultanément à tous les contacts proches du patient infesté.

  • Gale commune : Tous les sujets contacts du premier cercle (entourage familial proche, relations sexuelles, soins de nursing) doivent être traités, même s’ils sont asymptomatiques.

  • Gale hyperkératosique : Traitement des contacts des premier, deuxième (personnes vivant ou travaillant dans la même collectivité) et, si nécessaire, troisième cercle (personnes visitant occasionnellement la collectivité).

Causes de prurit persistant

Si le prurit persiste quatre semaines après le traitement, plusieurs hypothèses doivent être envisagées :

  • Gale persistante : Résultant d'un traitement mal conduit ou insuffisant.

  • Ré-infestation : Due à une contamination par l'entourage non traité.

  • Irritation : Conséquence secondaire du traitement local.

  • Parasitophobie : Phobie développée après l'infestation initiale.

Gestions des cas groupés et épidémies

  • Concertation nécessaire :

    • Entre le personnel de l’établissement, l’unité d’hygiène, et les autorités sanitaires.

  • Étapes :

    • Signalement dès le premier cas.

    • Constitution d’une cellule de crise.

    • Enquête pour rechercher d’autres cas.

    • Mise en place de mesures d’hygiène (isolement du patient).

    • Information ciblée.

    • Traitement simultané des cas contacts.

    • Déclaration à l’ARS en cas de cas groupés dans un établissement de soins.

Conseils d’utilisation

  • Impétiginisation ; antibiothérapie

  • Persistance de nodules scabieux ; dermocorticoïdes

  • Gale norvégienne ; hospitalisation en dermatologie pour application de kératolytiques avant le traitement

Sources et références

Les liens externes s’ouvrent dans un nouvel onglet.

  • Pilly étudiants, 2e édition (CMIT - Alinéa plus -  2023)

  • Collège de dermatologie, 8e édition (EDEF - Elsevier Masson - 2022)

  • Article - "Fasciite nécrosante" (Malghem J. - Radiologie et imagerie médicale - 2022)