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Énurésie

PédiatrieMis à jour le

Aperçu

Points clés

  • L’énurésie se définit par des mictions involontaires nocturnes chez l’enfant de plus de 5 ans.

  • Elle est dite « primaire » (absence de propreté nocturne acquise) ou « secondaire » (récidive après >6 mois de continence).

  • La forme monosymptomatique (isolée, sans symptômes diurnes) est la plus fréquente.

  • Physiopathologie multifactorielle : polyurie nocturne, faible capacité vésicale, trouble de l’éveil.

  • L’interrogatoire et le calendrier mictionnel de 48h sont les clés du diagnostic.

  • Le traitement repose sur une approche éducative d’abord, puis alarme ou desmopressine chez les patients motivés.

  • L’examen clinique doit éliminer les causes neurologiques, malformatives ou les troubles associés (TDAH, constipation, apnée).

  • Les examens complémentaires sont inutiles en première intention si l’énurésie est monosymptomatique.

CIM

F98.0 — Énurésie non organique

Définition

Définition

L’énurésie nocturne est une incontinence urinaire intermittente survenant pendant le sommeil chez un enfant d’au moins 5 ans, sans réveil.

  • Primaire : pas de période de continence ≥ 6 mois.

  • Secondaire : récidive après ≥ 6 mois de continence nocturne.

  • Monosymptomatique : absence de symptômes mictionnels diurnes.

  • Non monosymptomatique : associée à d’autres troubles urinaires (pollakiurie, dysurie…).

Épidémiologie

  • Prévalence à 7 ans : 5 à 10 %.

  • 1-2 % à l’adolescence.

  • Résolution spontanée annuelle : ≈ 15 %.

  • Sex-ratio : 2 garçons pour 1 fille.

  • Forte hérédité : risque x5 si un parent atteint, x11 si les deux.

Physiopathologie

Trois mécanismes principaux :

  • Polyurie nocturne : production urinaire excessive la nuit liée à un déficit en ADH.

  • Capacité vésicale réduite : <70 % de la capacité attendue pour l’âge.

  • Trouble de l’éveil : seuil d’éveil élevé, sommeil profond fragmenté.

Facteurs favorisants : apnée du sommeil, constipation, TDAH, anomalies du sommeil, anomalies ORL (ronflement, végétations).

Clinique

Interrogatoire

  • Type d’énurésie : primaire vs secondaire, mono- ou non monosymptomatique.

  • Antécédents personnels/familiaux (énurésie, TDAH, constipation, infections urinaires).

  • Fréquence des accidents, volume et répartition des apports hydriques, habitudes mictionnelles et digestives.

  • Qualité du sommeil (profondeur, ronflements), retentissement psychosocial.

  • Traitements antérieurs, motivation de l’enfant et de la famille.

  • Utiliser la checklist ESPU/EAU (disponible en ligne).

Calendrier mictionnel (48h)

  • Nombre, horaires et volumes des mictions.

  • Poids de la couche nocturne + premier pipi du matin.

  • Capacité vésicale attendue = (âge en années + 1) × 30 ml.

  • Surproduction nocturne > 130 % = polyurie nocturne.

Examen clinique

  • Recherche de signes neurologiques ou malformatifs :

    • Inspection du dos (fossette, touffe de poils, angiome…).

    • Examen de la marche, réflexes, organes génitaux.

    • Recherche d’obésité, globe vésical ou fécalome.

    • Observation d’une miction si possible.

  • Évaluer retentissement psychologique (enfant et famille).

Signes d’appel justifiant des examens

  • Pathologie rachidienne suspectée.

  • Symptômes neurologiques ou ORL.

  • Suspicion d’abus sexuel.

  • Rétention stercorale importante.

Examens complémentaires

Non systématiques si énurésie monosymptomatique isolée avec examen normal.

Indications :

  • BU : recherche glycosurie, infection, hyperconcentration.

  • Échographie urinaire : en cas de doute, recherche de malformation, mesure du résidu post-mictionnel.

  • CUM / bilan urodynamique : en milieu spécialisé, énurésie réfractaire ou suspicion de trouble du bas appareil urinaire.

Traitement

Approche initiale : éducation et hygiène de vie

  • Expliquer le mécanisme (défaut d’éveil), rassurer, lever la culpabilité.

  • Apports hydriques répartis dans la journée (normes : 45-60 ml/kg entre 7h et 18h).

  • Mictions régulières (5-6/j), y compris au lever et coucher.

  • Réduction des boissons le soir, surtout sucrées ou excitantes.

  • Calendrier des nuits sèches/mouillées sur 2 semaines.

  • Attendre l’âge de 6-7 ans et la motivation de l’enfant pour débuter un traitement actif.

Thérapies de 1ʳᵉ ligne

1. Alarme

  • Conditionnement au réveil.

  • Meilleure efficacité après 7-8 ans.

  • Requiert motivation, implication parentale.

  • Durée : ≥ 3 mois, poursuivre 1 mois après la dernière nuit mouillée.

  • Réponse : 50 % de guérison ; rechutes fréquentes (29 à 66 %).

2. Desmopressine

  • Comprimé (0,2 à 0,4 mg) ou orodispersible (120 à 360 µg), 1h avant le coucher.

  • Indiquée si polyurie nocturne.

  • Réduction moyenne de 1,3 nuit mouillée/semaine.

  • Durée : 3 mois puis réévaluation après une semaine d’arrêt.

  • Risque de convulsion par intoxication hydrique → restriction hydrique le soir.

Thérapies de 2e/3e ligne

Anticholinergiques

  • Oxybutynine (non AMM pour énurésie isolée) : effet modeste, monothérapie inefficace.

  • À envisager en association avec desmopressine si mictions multiples/nuit.

Antidépresseurs tricycliques

  • Imipramine (Tofranil®) : efficacité démontrée, mais risque vital en cas de surdosage3e intention uniquement.

Associations thérapeutiques

  • Desmopressine + alarme : synergie possible.

  • Desmopressine + oxybutynine : chez enfants avec vessie hyperactive.

  • Neurostimulation transcutanée : résultats très hétérogènes.

  • Hypnose/acupuncture : données insuffisantes.

Complications et Suivi

Retentissement psychosocial

  • Culpabilité, honte, isolement social, refus des activités collectives.

  • Risque de repli, dépression, troubles du comportement.

  • Impact sur la qualité de vie familiale (sommeil, logistique, culpabilité parentale).

  • Importance d’une approche bienveillante, déculpabilisante, non punitive.

Comorbidités fréquentes

  • TDAH : 20 % des enfants énurétiques.

  • Constipation, apnées du sommeil, obstruction ORL, diabète sucré.

Abréviations

  • ADH : hormone antidiurétique

  • BU : bandelette urinaire

  • CUM : cysto-urétrographie mictionnelle

  • ICCS : International Children’s Continence Society

  • ORL : oto-rhino-laryngologique

  • TDAH : trouble déficit de l’attention avec hyperactivité