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Douleur thoracique aiguë : orientation au cabinet

Urgences au cabinetMis à jour le

Points clés

  • Douleur thoracique aiguë compatible avec un SCA = appeler le 15 (ou le 112) sans délai. Ne pas laisser le patient se rendre seul aux urgences.

  • ECG 12 dérivations dans les 10 minutes si disponible, sans retarder l’appel ; le transmettre au régulateur.

  • Un ECG normal n’élimine pas un SCA ; une douleur reproduite à la palpation non plus.

  • Ne pas utiliser la troponine en ville pour exclure un SCA récent : le délai du résultat retarde la prise en charge.

  • Aspirine 150–300 mg per os si SCA suspecté, sans contre-indication ni suspicion de dissection, en accord avec le régulateur.

  • Oxygène uniquement si SpO₂ < 90 %. Pas d’injection intramusculaire.

  • Toujours évoquer les autres urgences vitales : dissection aortique, embolie pulmonaire, pneumothorax, tamponnade, rupture œsophagienne.

CIM

R07.4 — Douleur thoracique, sans précision.

R07.2 — Douleur précordiale.

R07.3 — Autres douleurs thoraciques.

I20.0 — Angine de poitrine instable ; I21 — Infarctus aigu du myocarde.

Orientation diagnostique

Causes à évoquer en priorité : urgences vitales

Diagnostic

Éléments évocateurs

Syndrome coronarien aigu

Douleur rétrosternale constrictive, prolongée (> 20 minutes) ou de repos, irradiant au cou, à la mâchoire ou aux bras ; sueurs, nausées, dyspnée. Présentation souvent atypique chez la femme, le diabétique et la personne âgée.

Dissection aortique

Douleur brutale, déchirante, thoracique ou dorsale, parfois migratrice ; asymétrie tensionnelle ou des pouls, déficit neurologique, souffle diastolique. Terrain : HTA, maladie du tissu conjonctif.

Embolie pulmonaire

Dyspnée, tachycardie, douleur pleurale, hémoptysie, malaise ; facteurs de risque de maladie thromboembolique, signes de phlébite.

Pneumothorax

Douleur latéralisée brutale, dyspnée, diminution du murmure vésiculaire ; sujet jeune longiligne, fumeur ou BPCO.

Péricardite et tamponnade

Douleur majorée à l’inspiration et en décubitus, soulagée penché en avant, frottement ; tamponnade si hypotension, turgescence jugulaire, pouls paradoxal.

Rupture œsophagienne

Douleur après vomissements violents, emphysème sous-cutané.

Causes fréquentes non urgentes

  • Douleur pariétale ou musculo-squelettique : reproduite à la palpation ou aux mouvements.

  • Reflux gastro-œsophagien, œsophagite, spasme œsophagien.

  • Zona : douleur radiculaire unilatérale, parfois avant l’éruption.

  • Pneumopathie, pleurésie.

  • Attaque de panique : diagnostic d’élimination, après avoir écarté une cause organique grave.

Clinique

Interrogatoire

  • Heure de début, mode d’installation, durée, caractère (constrictif, déchirant, pleural), irradiation.

  • Facteurs déclenchants ou modifiants : effort, respiration, position, palpation, repas.

  • Signes associés : sueurs, nausées, dyspnée, syncope, palpitations, fièvre, toux.

  • Terrain : facteurs de risque cardiovasculaire, coronaropathie connue, antécédents thromboemboliques, cancer, immobilisation, chirurgie récente, grossesse, consommation de cocaïne.

Examen clinique

  • PA aux deux bras, FC, fréquence respiratoire, SpO₂, température.

  • Signes de choc : marbrures, extrémités froides, confusion.

  • Auscultation cardiaque et pulmonaire, palpation des pouls, recherche de signes de phlébite.

  • Palpation pariétale et inspection cutanée (éruption).

Signes de gravité imposant le 15

  • Douleur persistante ou récidivante évocatrice de SCA, ou anomalie ECG ischémique.

  • Hypotension, signes de choc, syncope.

  • Détresse respiratoire, SpO₂ basse.

  • Déficit neurologique, asymétrie des pouls ou tensionnelle.

Examens complémentaires

ECG — examen clé au cabinet

  • Réaliser un ECG 12 dérivations dans les 10 minutes si l’appareil est disponible, sans retarder l’appel au 15.

  • Comparer si possible à un ECG antérieur.

  • Sus-décalage du segment ST ou bloc de branche gauche récent : urgence absolue, transmission au régulateur.

  • Répéter l’ECG en cas de récidive douloureuse.

  • Un ECG normal ne permet pas d’écarter un SCA.

Biologie et imagerie

  • Troponine : dosée aux urgences avec une cinétique ; ne pas la prescrire en ville pour exclure un SCA récent.

  • D-dimères : uniquement dans une démarche d’embolie pulmonaire à faible probabilité clinique, hors signes de gravité (outils Wells, Genève, PERC).

  • Radiographie thoracique : pneumothorax, pneumopathie, épanchement, lorsqu’aucune urgence vitale n’est suspectée.

Scores

  • Le score HEART sert à stratifier le risque aux urgences, avec la troponine ; il ne permet pas d’exclure un SCA au cabinet.

Conduite à tenir

Suspicion de syndrome coronarien aigu

  • Appeler le 15 immédiatement ; ne pas laisser le patient seul ni le laisser se déplacer.

  • Patient au repos, en position demi-assise ; surveillance de la conscience, de la PA et de la FC.

  • ECG et transmission au régulateur.

  • Aspirine 150–300 mg per os (à croquer) en l’absence d’allergie, de saignement actif ou de suspicion de dissection, en accord avec le régulateur.

  • Trinitrine sublinguale si la PAS le permet et en l’absence de prise récente d’un inhibiteur de la phosphodiestérase de type 5.

  • Oxygène seulement si SpO₂ < 90 %.

  • Aucune injection intramusculaire : une fibrinolyse peut être nécessaire.

Autres urgences

  • Suspicion de dissection aortique : 15 ; pas d’antiagrégant ni d’anticoagulant.

  • Suspicion d’embolie pulmonaire grave, pneumothorax mal toléré, tamponnade : 15.

  • Suspicion d’embolie pulmonaire sans gravité : orientation en urgence selon la probabilité clinique et l’accès à l’imagerie.

Cause non urgente retenue

  • Traiter la cause (antalgique pour une douleur pariétale, IPP pour un reflux, traitement du zona…).

  • Douleur d’effort stable, évocatrice d’angor : bilan de coronaropathie et avis cardiologique rapide.

  • Donner des consignes écrites de recours au 15.

Suivi

  • Réévaluer sous 24 à 48 heures toute douleur thoracique rattachée à une cause bénigne.

  • Revoir le diagnostic si la douleur change de caractère, se répète ou devient d’effort.

  • Après un SCA : suivre le memo coronaropathie (prévention secondaire, réadaptation, durée de la double antiagrégation).

  • Consigne au patient : appeler le 15 en cas de douleur thoracique de plus de quelques minutes, de repos, ou associée à un malaise, un essoufflement ou des sueurs.

Abréviations

Abréviation

Signification

BPCO

Bronchopneumopathie chronique obstructive.

ECG

Électrocardiogramme.

IPP

Inhibiteur de la pompe à protons.

PAS

Pression artérielle systolique.

PERC

Pulmonary Embolism Rule-out Criteria.

SCA

Syndrome coronarien aigu.

SpO₂

Saturation périphérique en oxygène.

Sources et références

Les liens externes s’ouvrent dans un nouvel onglet.

  • ESC 2023 — Guidelines for the management of acute coronary syndromes (Byrne et al., Eur Heart J 2023).

  • ESC 2024 — Guidelines for the management of chronic coronary syndromes (Vrints et al., Eur Heart J 2024).

  • ESC 2026 — Fifth Universal Definition of Myocardial Infarction.

  • ESC 2019 — Guidelines for the diagnosis and management of acute pulmonary embolism (Konstantinides et al., Eur Heart J 2020).