Aperçu

Points clés
Toujours rechercher des drapeaux rouges :
Déficit neurologique,
Fièvre,
Altération de l’état général/ATCD de cancer,
Immunodépression, douleur d’horaire inflammatoire, traumatisme.
Un examen neurologique est indispensable devant toute cervicalgie :
Radiculopathie,
Myélopathie,
Signes pyramidaux.
En cervicalgie non traumatique sans drapeaux rouges :
Pas d’imagerie avant 4–6 semaines.
Imagerie en urgence si :
Déficit neurologique, suspicion médullaire, suspicion infectieuse/tumorale, dissection artérielle cervicale, traumatisme à risque.
Les névralgies cervicobrachiales sont le plus souvent liées à un conflit foraminal :
Uncarthrose + arthrose postérieure,
Hernie discale seulement dans une minorité de cas.
Le traitement est d’abord conservateur :
Antalgiques ± AINS,
Mobilisation précoce,
Rééducation active ;
Infiltrations épidurales cervicales désormais déconseillées ;
Chirurgie rare, réservée aux formes déficitaires/complications ou échec prolongé.
CIM
M54.2 — Cervicalgie
Définition
Définition
Douleur du rachis cervical, aiguë (torticolis), subaiguë ou chronique/récidivante.
Avec ou sans irradiation : scapulaire, membre supérieur, crâne.
Épidémiologie
Très fréquente en population générale, particulièrement > 50 ans.
Forte prévalence de lésions dégénératives après 40 ans (surtout C5–C6, C6–C7) sans corrélation radio-clinique constante.
Syndromes associés
Cervicocéphalalgie : céphalées postérieures, parfois névralgie d’Arnold (C2).
Cervicobrachialgie : douleur projetée non strictement radiculaire (ténomyalgies).
NCB : radiculalgie typique selon dermatome.
Clinique
Interrogatoire
Contexte
Âge, profession, hobbies, contraintes posturales.
ATCD rachidiens, chirurgie rachidienne, traumatismes (même anciens).
ATCD rhumatismaux inflammatoires (PR, SpA), cancer/hémopathie (myélome).
Début et évolution
Brutal/progressif, durée, facteurs déclenchants (effort, mouvement violent, AVP, chute).
Douleur
Intensité, localisation, irradiation (scapulaire, MS, crâne).
Rythme mécanique vs inflammatoire :
Inflammatoire = réveils nocturnes, dérouillage matinal > 30 min, pas d’amélioration au repos.
Signes associés (dépistage étiologique)
Fièvre, frissons.
AEG, perte de poids.
Vertiges, dysphagie.
Céphalée inhabituelle, acouphènes inhabituels.
Douleur ATM, adénopathies, symptômes ORL.
Autres douleurs rachidiennes/articulaires.
Terrain à risque - drapeaux rouges
Immunodépression, toxicomanie IV, bactériémie récente.
ATCD cancer/hémopathie.
Douleur d’aggravation progressive, permanente, insomniante.
Suspicion vasculaire (dissection) : cervicalgie inhabituelle ± signes neuro focaux, Horner, amaurose transitoire ; ATCD Marfan/Ehlers-Danlos/dysplasie fibromusculaire.
Facteurs de chronicisation - drapeaux jaunes/noirs
Anxiété, dépression, détresse, croyances inadaptées, peur-évitement.
Insatisfaction au travail, conflit médico-administratif, conditions difficiles, arrêts prolongés.
Inspection
Statique rachidienne : lordose cervicale (perte/hyperlordose), compensation dorsale.
Attitude antalgique « guindée », latéroflexion-rotation.
Mobilités (actives et passives)
Flexion, extension, rotation, latéroflexion : douleur/limitation globale ou segmentaire.
Repères : menton–sternum nul en flexion ; rotations ≥ 70° ; inclinaisons latérales ~45° ; distance tragus–acromion.
Palpation/percussion
Douleur épineuses (repère C7), paravertébrales, contracture.
Insertions musculaires : élévateur de la scapula, rhomboïdes, SCM.
Examen des régions de voisinage
Épaules (bilatéral comparatif), rachis dorsal.
Examen ORL/stomatologique/ganglionnaire si contexte.
Examen neurologique
Radiculaire (périphérique)
Déficit sensitif, déficit moteur segmentaire, ROT.
Médullaire (central)
Syndrome pyramidal : ROT vifs diffus, Babinski, niveau sensitif, troubles marche (claudication médullaire), troubles fins.
Signes associés
Claude-Bernard-Horner.
Signes neurologiques focaux (penser dissection).
Tests utiles en cas de NCB
Signe de Spurling
Reproduction de la douleur radiculaire par pression axiale en latéroflexion-rotation.
Étirement radiculaire
Reproduction par traction du bras, tête en inflexion controlatérale.
Signe de la sonnette
Douleur radiculaire déclenchée à la palpation paravertébrale.
Manoeuvre de Davidson
Soulagement par abduction/ main sur la tête homolatérale.
Repères cliniques des NCB - radiculopathie
Sensitif | Moteur | ROT | |
|---|---|---|---|
C5 | Moignon de l’épaule ± face externe du bras | Deltoïde, sus- et sous-épineux | Bicipital |
C6 | Face externe du bras, de l’avant-bras et pouce | Biceps, brachial antérieur, long supinateur | Bicipital |
C7 | Face postérieure du bras et de l’avant-bras | Triceps, extenseurs radiaux, extenseurs communs des doigts | Tricipital |
C8 | Face interne du bras et de l’avant-bras | Fléchisseurs communs des doigts | Cubitopronateur |
Examens complémentaires
En cas de cervicalgie non traumatique
Avec drapeaux rouges : faire imagerie d’emblée
Fièvre.
AEG/perte de poids, ATCD cancer/hémopathie.
Immunodépression/toxicomanie IV/bactériémie récente.
Douleur d’horaire inflammatoire.
Déficit neurologique, signes médullaires.
RM cervicale en priorité (scanner si contre-indication ou besoin osseux).
Sans drapeaux rouges
Pas d’imagerie avant 4–6 semaines d’évolution.
Si persistance > 4–6 semaines
Avec radiculalgie :
IRM cervicale (souvent associée à radiographies selon contexte).
Sans radiculalgie :
Radiographies cervicales en 1re intention ;
IRM en 2e intention si persistance/aggravation ou zones mal analysées.
Avant geste invasif
IRM cervicale.
En cas de Traumatisme cervical (non pénétrant)
Quand imager ?
Patient instable, troubles de conscience.
Signes neurologiques.
Indication par règles NEXUS ou Canadian C-Spine.
Âge ≥ 65 ans.
Rachis ankylosé (SpA, hyperostose).
Suspicion de dissection.
Quelle imagerie ?
Scanner cervical en 1re intention.
IRM en 2e intention si suspicion lésion médullaire/discale/ligamentaire.
Angio-IRM (ou angioscanner selon contexte) si suspicion de dissection.
Biologie si suspicion de cervicalgie secondaire
Bilan minimal
NFS, CRP, électrophorèse des protéines sériques, calcémie.
Hémocultures si fièvre/suspicion spondylodiscite.
Bilan hématologique/oncologique si suspicion myélome/métastase.
EMG
Non nécessaire pour confirmer une NCB typique.
À discuter si doute diagnostique (atteinte tronculaire, syndrome canalaire médian/ulnaire/radial).
Traitement
Traitement symptomatique
Antalgiques selon palier (adaptés à l’intensité).
AINS si pas de contre-indication, ± IPP selon risque.
NCB rebelle :
Cure courte de corticoïdes per os possible (ex. prednisone équivalent jusqu’à 60 mg/j max, schéma court ~6 jours selon pratique).
Myorelaxant :
Possible si contracture, courte durée.
Collier mousse :
Quelques jours max en phase aiguë ; éviter prolongation (amyotrophie/enraidissement).
Rééducation
Si Aigu (torticolis)
Repos bref 2–3 jours max, mobilisation progressive.
Si Chronique/récidivant
Antalgie, proprioception, renforcement des muscles spinaux.
Travail postural, réadaptation fonctionnelle et professionnelle.
Mobilisations actives/passives, contracté–lâché.
Rééducation oculocervicale.
Tractions douces surtout dans les NCB.
Manipulations cervicales
Efficacité surtout à court terme dans des stratégies combinées.
Risque rare mais grave d’accident neurovasculaire (artères vertébrales) : informer le patient + examen clinique/neuro complet préalable.
Traitement infiltratif
Infiltrations épidurales/foraminales cervicales : déconseillées (bénéfice/risque défavorable).
Infiltrations facettaires/zygapophysaires (dont C1–C2) : rarement, sous contrôle radiologique, après IRM avec repérage artère vertébrale, opérateurs expérimentés.
Névralgie d’Arnold : infiltration au point d’émergence du grand nerf occipital possible.
Chirurgie
Cervicalgie commune : exceptionnelle.
Indications :
Douleur radiculaire persistante après échec d’un traitement conservateur bien conduit.
Déficit moteur.
Signes de compression médullaire (discussion urgente).
Suivi
Suivi
Réévaluation clinique si douleur importante et/ou systématique si persistance > 4–6 semaines.
Suivi du retentissement : EVA + échelle fonctionnelle type Neck Pain and Disability Scale (si besoin).
Contrôle de l’évolution neurologique (apparition/aggravation déficits).
Signes imposant réévaluation urgente
Déficit moteur, troubles sensitifs extensifs.
Signes médullaires : troubles marche, syndrome pyramidal, niveau sensitif, troubles sphinctériens.
Fièvre, AEG, douleur nocturne/progressive.
Suspicion dissection : cervicalgie/céphalée inhabituelle + signes focaux, Horner, amaurose transitoire, acouphènes inhabituels.
Complications
Chronicisation (douleur > 3 mois) favorisée par facteurs psycho-sociaux, whiplash, inactivité.
Myélopathie cervicoarthrosique : symptômes parfois frustes (claudication médullaire).
Post-traumatique : entorse grave (instabilité), fractures/luxations ; complications neurovasculaires rares.
Iatrogénie : manipulations cervicales, gestes infiltratifs à risque.
Abréviations
AEG : altération de l’état général
AINS : anti-inflammatoires non stéroïdiens
ATM : articulation temporomandibulaire
AVP : accident de la voie publique
CRP : C-reactive protein
EMG : électromyogramme
HAS : Haute Autorité de santé
IPP : inhibiteur de la pompe à protons
IRM : imagerie par résonance magnétique
MS : membre supérieur
NCB : névralgie cervicobrachiale
NEXUS : National Emergency X-Radiography Utilization Study
NFS : numération formule sanguine
PR : polyarthrite rhumatoïde
ROT : réflexe ostéotendineux
SpA : spondyloarthropathie
TDM : tomodensitométrie
